Le Guide du Petit Futé sur le Niger 2002-2003, ou comment une aubergiste-voyagiste a détourné un respectable guide touristique au profit de son petit commerce...

Les Guides du Petit Futé offrent d'habitude une alternative intéressante aux trop connus Guides du Routard. Il existe d'autres guides sur le marché, tels que les Guides Bleus Hachette et les Guides Verts Michelin, ou les excellents guides de Lonely Planet. Quelque soit leur style, tous les guides se doivent de respecter un principe de base, qui est la totale indépendance financière des auteurs vis-à-vis des établissements recommendés dans leurs ouvrages. Les guides Lonely Planet, par exemple, publient sur leur page de couverture l'avertissement suivant dans les languages et les alphabets utilisés dans les pays couverts par le guide en question:

Lonely Planet réalise ses guides en toute indépendance et les ouvrages ne contiennent aucune publicité. Les établissements et prestataires mentionnés dans ce guide ne le sont que sur la foi du jugement et des recherches des auteurs, qui n'acceptent aucune rétribution ou réduction des prix en échange de leurs commentaires.

Le Guide du Petit Futé sur le Niger marque un pas sans précédent dans l'industrie des guides touristiques puisque son auteur, Céline Boileau Joulia, dirige avec son mari une auberge de luxe doublée d'une agence de voyage située à Agadez, au coeur de la région la plus touristique du pays, et c'est sans aucune vergogne que cette Petite Futée critique ses concurrents de la manière la plus grossière, redouble d'éloges pour son commerce sans préciser qu'elle en est la propriétaire et, pour couronner le tout, se réserve deux pleines pages de publicité en couleurs pour vanter son établissement et son agence. Comment l'éditeur des Guides du Petit Futé a-t'il pu laisser passer un tel manque d'éthique, un telle brèche dans la déontologie de la profession?

Jugez plutôt...

L'auberge de la Petite Futée racontée par la Petite Futée

L'auberge d'Azel. C'est le dernier né des hôtels-restaurants de la ville, ouvert toute l'année, à 10 minutes à pied du centre, avec parking privé. D'architecture novatrice dans un cadre intimiste, cette petite unité pleine de charme est incontestablement l'endroit qu'il faut connaître pour goûter la fraîcheur de ses voûtes d'argile, prendre un verre ou dîner sur sa terrasse. Il fait bon se reposer à l'ombre de son jardin fleuri tout en faisant part de ses impressions de voyage à Akly et Céline Joulia Boileau, les propriétaires qui prendront plaisir à vous guider dans votre découverte du pays d'autant qu'ils possèdent aussi l'agence de voyages Agadez Expéditions. L'Auberge d'Azel abrite 5 chambres (bientôt 10) décorées avec goût: climatisation silencieuse, deux lits jumeaux et salle d'eau individuelle. Plusieurs salles de restaurant dont une climatisée et une grande terrasse sur le toit permettent de se restaurer...

Les établissements des concurrents racontés par la Petite Futée

Note: le paragraphe qui suit présente des extraits choisis des 5 seuls autres établissements de la ville décrits par la Petite Futée. Tout le monde en prend plein la gueule.

L'Hotel Tidene. Il permet de loger correctement de grands groupes puisqu'il dispose de 20 chambres. Il ouvre de septembre à avril, essentiellement en période touristique.


L'Hotel de l'Aïr. Il est connu des aventuriers, notemment des anciens passeurs de voitures, parce que c'est le plus ancien d'Agadez. Malheureusement, il n'est guère en état et les chambres sont très banales et mal entretenues, quant à la restauration, mieux vaut commander auparavant.


La Pension Tellit. Elle est éclatée en deux endroits de la ville: 5 chambres face à l'Hotel de l'Aïr, 4 chambres à "la dépendance" à 2 kilomètres du centre-ville dans le quartier administratif.


L'Hotel Telwa. Il est situé derrière l'abattoir, presque en bordure de la route. Ses chambres sont chères, vu le peu de charme et de goût dont on a fait preuve. Il ne propose aucune restauration et il est même difficile d'obtenir des boissons fraîches.


Agadez la Plage. Il est à 5 kilomètres d'Agadez. Une grande piscine, une pergola mais très peu de fréquentation: l'hotel n'est ouvert que quelques mois par an, n'a pas de téléphone et pratique des prix dignes du haut de gamme: jusqu'à 150.000 CFA (230 euros) le bungalow non-climatisé (le groupe électrogène ne fonctionne que lorsqu'il y a suffisemment de monde), repas à 15.000 CFA (23 euros) minimum hors-boisson, essentiellement sur commande. Aucune liaison régulière avec le centre ville.

L'agence de voyages du mari de la Petite Futée racontée par la Petite Futée

Agadez Expéditions.Le chef d'agence, Akly, Touareg de la région d'Agadez est marié à Céline, Française; ils tiennent ensemble l'Auberge d'Azel, et Akly, guide saharien passioné sait faire découvrir son territoire avec profondeur, humour et poésie. Géologue, pilote professionnel d'avion, il organise lui-même ses circuits au volant de son véhicule 4x4, pour des groupes désireux d'un minimum de commodités, avides de connaissances sur l'Aïr et ses habitants, et de pénétrer ces immenses contrées magnifiques hors des sentiers battus.[suivi par numéro de fax, téléphone, boite postale, email et même web site]

Les agences de voyage des concurrents racontés par la Petite Futée

Note: le paragraphe qui suit est vraiment l'intégralité de ce que la Petite Futée a à dire sur ses concurrents...
D'autres agences affiliées au Syndicat du Tourisme du Niger sont plus spécialisées dans les grands groupes, les méharées ou travaillent d'avantage avec les tours operators internationaux, ainsi...

En conclusion...

La première question qu'on est en droit de se poser, c'est bien comment la maison d'édition a-t'elle pu laisser passer ça? La moindre des choses aurait été de demander à un autre auteur - sans intérêt financier en jeu - d'écrire le châpitre sur Agadez. C'est d'autant plus choquant que la région d'Agadez est probablement la seule du pays qui offre suffisemment d'intérêt touristique pour attirer des visiteurs d'Europe ou des Etats-Unis. Les autres régions ne reçoivent quasiment que des voyageurs en transit.
Nous ne sommes pas les seuls à avoir été choqués par l'usage que l'auteur fait de son ouvrage. D'autres voyageurs n'ont pas manqué de le remarquer ainsi, et surtout, que l'ensemble de la profession hotelière de la ville d'Agadez. Tout le monde en avait une copie et a pu voir ce que la Petite Futée racontait sur eux. Et ceci soulève une autre question: que penser d'une personne qui clame être passionnée par sa région et partager avec vous cet amour, et qui en même temps ne se prive pas de cracher sur tout ce qui s'y trouve? Que penser également de l'intègration de la Petite Futée dans sa région-chérie après qu'elle se soit mis à dos de manière franchement déloyale tous les concurrents natifs du pays. Si elle aimait sa ville tant que ça, elle devrait avoir un plus à coeur de veiller à son développement dans son ensemble au lieu de rester à l'ombre de son jardin fleuri les yeux rivés sur son compte en banque.